Participation du Bureau à l’Elaboration de plans de mise en valeur participative et intégrée des aménagements hydro-agricoles AHA dans le cadre du PASSIP 4

  1. Contexte et justification

La politique de développement de l’agriculture (PDA) du Mali accorde la primauté à la promotion des aménagements de proximité y compris ceux de l’irrigation. Celle-ci privilégie la responsabilisation et l’autonomisation des Collectivités Territoriales et la participation des bénéficiaires au processus de réalisation et de mise en valeur.

La coopération allemande accompagne cette politique dans son programme : « Promotion de l’agriculture / agriculture irriguée durable au Mali » par le biais du Programme d’Appui au Sous-Secteur de l’Irrigation de Proximité (PASSIP) qui contribue à son tour à la mise en œuvre du Programme National de l’Irrigation de Proximité-PNIP (2012-2021). Ce dernier est un cadre national fédérateur pour tous les intervenants dans l’irrigation de proximité (IP) et a pour objectif de permettre à la population rurale des zones de l’IP du Mali d’utiliser le potentiel économique de l’IP pour une augmentation des revenus par une agriculture productive, diversifiée et durable.

Depuis le début de la mise en œuvre du PASSIP en 2008 (actuellement en phase 4), des résultats fort encourageants ont été obtenus : des modules de formation sur des thématiques liées à l’IP sont disponibles et les capacités des acteurs du conseil agricole et des groupes d’utilisateurs des aménagements hydro-agricoles (AHA) ont été renforcées. Les acteurs du conseil agricole ont joué un rôle important de transfert d’innovations aux groupes d’utilisateurs des AHA, spécifiquement en rapport avec la consolidation, la mise en valeur des aménagements hydro-agricoles (AHA) et la valorisation des produits. Un accent particulier a été mis sur la diversification de la production agricole et la consommation alimentaire ainsi que sur le plan nutritionnel.

Il est nécessaire à cet effet de mentionner entre autres, quelques-uns des résultats obtenus :

  • la constitution de dossiers d’affectation des AHA et leur dépôt auprès de l’administration suite à l’accompagnements des populations pour la sécurisation des emprises des AHA ;
  • au niveau des comités de gestion et conformément à leur mission, l’entretien des AHA de façon plus ou moins régulière sur la base des moyens générés par les cotisations des utilisateurs et des droits perçus sur des activités menées autour des ouvrages (abreuvement des animaux, pêche, activités de transformation....), la prévention et la résolution des conflits potentiels qui surviennent entre exploitants et villages bénéficiaires. Ces différentes actions sont réalisées dans une optique de « gestion optimale » des ouvrages ainsi que l’exploitation pacifique des AHA concernés.

Malgré cette performance permise par plusieurs appuis, les besoins des acteurs utilisateurs des AHA sont encore très nombreux et d’une importance capitale.

En effet, au cours de la mise en œuvre du PASSIP au niveau micro, certains appuis dont ont bénéficié les acteurs ou les résultats escomptés des aspects suivants se sont avérés insuffisants :

  • la gestion durable et l’utilisation rationnelle des ressources en rapport avec la dimension environnementale, et agroécologique de l’exploitation des AHA,
  • un meilleur accès en eau d’irrigation (ressource et moyens d’exhaure),
  • le renforcement des organisations de producteurs (comité de gestion et coopératives) visant leur autonomisation,
  • le renforcement des capacités des producteurs dans la commercialisation et les partenariats d’affaires,
  • la prise en compte des activités (pisciculture, pêche, petit-élevage, ...) autour des AHA et, en rapport direct avec l’optimisation de l’utilisation des moyens d’exhaure, autres que la production agricole.

Le problème central qui se pose donc actuellement est le fait que « les producteurs dans l’IP ne sont pas encore (ou suffisamment) en mesure de mettre en valeur leurs ressources productives à long terme ».

Les évolutions majeures du processus engagé dans le cadre de la décentralisation au Mali conduisent à un désengagement progressif de l’Etat des secteurs productifs. La finalité d’une telle démarche est non seulement une « autogestion » mais aussi une gouvernance des AHA par les communautés locales. C’est pourquoi la planification et la réalisation des actions de mise en valeur des AHA requièrent une approche systémique et territoriale, afin de :

  • Prendre en compte et développer les stratégies locales d’optimisation de toutes les ressources existantes au niveau des AHA (terre, eaux, végétation...) en considérant non seulement toutes les activités existantes (agriculture irriguée, pluviale, pisciculture, petit-élevage...) tous les acteurs présents et les synergies possibles entre eux. Ceci en facilitant leurs interactions et leurs interdépendances dans le cadre de la mise en valeur de ces aménagements et de la valorisation des produits. ;
  • Renforcer la capacité des organisations des producteurs (comités de gestion, coopératives...) à assumer un certain nombre de fonctions tant en interne (gestion foncière, de l’eau, collecte des besoins des exploitants de l’aménagement ...) qu’en externe (rapports avec les services techniques du conseil agricole, capacités de négociation et de contractualisation avec les fournisseurs d’intrants et d’équipements agricoles, ainsi qu’avec les structures de crédit...).
  • Renforcer le rôle des collectivités territoriales dans le dialogue avec les comités de gestion des AHA, leurs capacités de planification, de coordination et de suivi-évaluation des actions de mise en valeur des AHA, dans un objectif de développement économique local (DEL).

Le consortium AFC-ECO, recruté dans le cadre de la mise en œuvre de l’output 3 de la phase 4 du PASSIP, réalise déjà plusieurs actions allant dans le sens sus-évoqué. Parmi celles-ci figurent l’élaboration et la mise en œuvre des conventions locales (accords de gestion) au profit des populations exploitant de 20 AHA dans les régions de Sikasso et de Koulikoro.  

Ces conventions locales devraient favoriser une gestion pacifique, portée par les bénéficiaires, mais également, elles fonderont les bases d’une approche systémique, territoriale et planifiée (zone d’abreuvement de bétail, zones agricoles, organisation de l’entretien des AHA, mobilisation de redevances etc..) à travers des règles locales précises autour de l’AHA à l’endroit des acteurs concernés. Compte tenu de leur importance socio-économique au niveau locale, ces documents sont cosignés par le chef du village, le président du comité de gestion de l’aménagement, le Maire de la commune d’appartenance du village. Ils sont également visés par le préfet du Cercle.

Aussi, les différents acteurs (comités de gestion, coopératives, communes et services techniques déconcentrés) seront accompagnés dans l’élaboration des plans de mise en valeur individualisés et simplifiés selon une approche systémique d’une part et une approche territoriale d’autre part. Ces plans seront adaptés aux besoins de chaque site en adoptant une démarche participative.

  1. Objectifs de la mission

L’objectif général de cette mission est d’élaborer de façon inclusive et participative 20 plans de mise en valeur pour un développement durable des AHA, selon l’approche systémique et l’approche territoriale.  

Les objectifs spécifiques sont :

  • Un diagnostic de l’état des lieux, des atouts, potentialités, contraintes et des besoins pour la mise en valeur des AHA
  • La planification des actions dans un souci d’autonomisation tenant compte des processus de production sensible à la sécurité alimentaire et nutritionnelle, adaptés aux conditions climatiques et tenant compte de l’aspect genre. Ces actions concernent :
  • La mise en valeur des AHA, la valorisation des produits agricoles et non agricoles
  • L’organisation des acteurs et la gestion pacifique des conflits ;
  • La sécurité alimentaire et nutritionnelle ;
  • Les activités et responsabilités dans la gestion, la protection, l’entretien et la maintenance des ouvrages dans une optique de fonctionnalité durable des AHA ;
  • L’usage efficient, économique et durable des ressources en eau ;
  • la protection et la conservation des sols ;
  • L’organisation et la mise en œuvre d’un conseil agricole adapté aux besoins et incluant si nécessaire, l’introduction des technologies innovantes.